Le mariage : entre tradition et modernité

Publié par : Badehella •  article mise à jour : 21 juin 2013
En Guinée, les mois de Juin, Juillet et Août en général et tous les mois qui annoncent l’arrivée imminente du ramadan (jeun musulman) sont l’occasion des célébrations des mariages.

En dépit de la crise économique et des coûts parfois très élevés de ces mariages d’aujourd’hui, les mairies, les rues de Conakry et des villes de l’intérieur de la Guinée sont pris d’assaut par les réjouissances qui accompagnent les cérémonies de mariage. Jadis dans la société traditionnelle guinéenne, ce lien sacré qui unit une femme à un homme (mariage) était célébré et scellé par extension entre les familles des conjoints. Ainsi, le mariage était donc une affaire des parents des futurs conjoints. Il était scellé parfois à l’insu des conjoints et particulièrement de la future mariée.

Les premières démarches

Les premières noix de colas ouvraient le bal des négociations. Il s’agit pour les parents du garçon d’envoyer 10 noix de colas à la future belle famille. Ces noix de colas étaient destinées à se renseigner sur la fille (future épouse). N’était elle pas prise ou destinée à un cousin ? Le lien qui sert à établir ce premier contact était un ami commun des deux familles, un griot ou un gaoulo. Cet émissaire régulateur de l’information entre les deux familles était aussi le médiateur facilitateur de la communication. Si la réponse au sujet de la fille demandée est négative, alors sa famille ouvre la porte des négociations toujours par le canal de l’émissaire. Alors en pays peulh on dit tooly bienvenu, en soussou wonu séné et en maninka Ani séné . L’étape suivante, en général, consiste à présenter les familles et entamer les discussions. Ensuite, la famille du futur époux devra faire le tour des oncles, des tantes et des familles alliées de la future épouse pour obtenir leur consentement et leur bénédiction. Car la famille garde un sens très large et très ouvert en Afrique et plus spécifiquement en Guinée. Lorsque cela est obtenu, les deux familles fixent la date de la célébration du mariage. Pour cela, on fait recours aux marabouts pour choisir le jour bénéfique pour la célébration du mariage. Après avoir convenu de la date et de la dote, chacun de son côté prépare les festivités. La dote est la condition sine qua non pour sceller le mariage. Elle peut être évaluée en or en tête de bétail ou en somme d’argent que le futur époux offre à sa future femme. Ce bien est inaliénable et appartient exclusivement a la future épouse. Dans la société traditionnelle et dans certaines communautés, ce bien était évalué et donné en gramme D’or ou en tête de bétail. C’est le cas de la communauté peulh et mandingue en général. Parmi les autres biens qui accompagnent la dote, il ya la tenue des tantes, des oncles, entre autres et le futi nafuli nafulo fufu ou le dyawdi nyamal. C’est une somme d’argent destinée à être redistribuée à la famille de la mariée dans son sens le plus large ainsi qu’aux familles alliées de cette dernière ou retourné par celle-ci.

Les cérémonies

Elles démarrent à la veille de la célébration, les membres des deux familles et leurs alliées se retrouvent chez les parents de la future mariée. C’est l’occasion de grands festins de danse et de réjouissances. Cela dure jusqu’au matin. Très tôt, pendant que les hommes scellent le mariage à la mosquée ou dans une case, avec lecture du saint coran, les femmes continuent à préparer les repas. Elles se congratulent et apportent leurs cadeaux faits de pagnes, ustensiles de cuisine pour la nouvelle mariée. Le plus souvent cette dernière est tenue à l’écart de ces manifestations et réjouissances. Elle est sous bonne gardes de quelques vielles et sages femmes. Le soir, les réjouissances sont au niveau maximum, les danses, les repas, les congratulations aux rythmes des tam tams et balafons et autres instruments traditionnels de musiques résonnent dans tout le village La nouvelle mariée tout de blanc vêtue est accompagnée dans la chambre nuptiale par une ou deux vielles (de ses gardes). Ces dernières ne s’en vont pas pour autant. Elles doivent attendre l’accomplissement de l’acte qui consacre la consommation du mariage. Généralement, c’est au petit matin que le coup de fusil retentit, réveillant les familles, amis et alliés qui dormaient sous le poids de la fatigue. Ce coup de fusil tiré par un homme tapis à l’ombre près de la case nuptiale est le relais ou l’écho des cris de la jeune mariée qui vient de perdre sa virginité sous le poids de son vigoureux et entreprenant mari. C’est une fierté pour elle et un bonheur pour toute sa famille et particulièrement pour sa mère, qui laisse couler ses larmes dans sa case. Les réjouissances recommencent de plus belle, surtout en l’honneur de la nouvelle mariée qu’on qualifie de cadeaux. Selon les coutumes et les communautés la nouvelle mariée retourne et retrouve ses parents et sa famille. Elle y vit pendant une semaine avant d’être raccompagnée chez son mari avec cortège, danse, réjouissances et chargée de tout ce qu’elle peut emporter pour s’occuper de son mari et de sa famille y compris des conseils de sa mère et de ses tantes. Aujourd’hui, dans la société moderne africaine, voire guinéenne en construction et en évolution, le mariage, reste et demeure toujours ce lien sacré qui unit l’homme et la femme. Cependant, sa célébration et tout le cycle qui l’engendre sont entrain de changer. Pas fondamentalement pour le moment, mais le changement est perceptible sur certains aspects en rapport avec ce qui se faisait dans la société traditionnelle guinéenne. Les familles des futurs conjoints restent toujours le socle sur lequel sur lequel les mariages sont scellés. Mais, ces futurs conjoints prennent de plus en plus de poids et de place dans les décisions familiales concernant leurs mariages.Il est tout à fait naturel de voir aujourd’hui des garçons ou des filles présenter à leurs parents leurs futures épouses ou maris. Alors que cela était inconcevable il y a seulement quelque temps. Sur le plan de la célébration du mariage, les symboles, les objets, les rites n’ont pas changé mais ont plutôt évolué. Le dingué faré et le safounamalon (danses et réjouissances réservées à la mère de la mariée…) ; les noix de cola, les cordes, la calebasse, la paire de chaussure notamment sont encore présents. Ce qui a changé c’est le regard de la nouvelle génération sur ces symboles. Peu d’entre eux s’intéressent aux rites de la célébration du mariage préférant plutôt laisser ce coté « anciens » aux vieux et aux vielles. La virginité de la future mariée n’est plus à l’ordre du jour. Ni pour elle, ni pour son futur mari encore moins pour les parents. Les vins d’honneur, les réceptions sélectives ont remplacé les réjouissances populaires. Le poids des changements ou des évolutions opérées dans le cadre de la célébration des mariages de nos jours réside également dans les coûts et les dépenses liés à la célébration des mariages. Aujourd’hui, en plus de la dot il faut prévoir la valise bourrée de tenues de luxe et de prestiges (basins, wax hollandais ou anglais…) A cela, il faut ajouter des mallettes remplies de bijoux, d’objets de toilette et même des dessous. Le salon de coiffure, la robe de la mariée et les parures qui l’accompagnent ajoutées aux photos à la camera sont entre autre des sources de dépenses énormes pour la célébration des mariages dits « modernes ». Même la cérémonie de signature de l’acte civil de mariage est transformée en fonds de commerce par certains officiers de l’état civil de certaines communes. Cependant, en dépit de l’évolution des mentalités et des changements intervenus dans la pratique et dans la perception du rituel du mariage, tel qu’il existait dans nos sociétés traditionnelles, force est de reconnaitre que le mariage se célèbre et donne lieu à des réjouissances et un rituel qui résistent à l’invasion du modernisme. Cela même si le prix à payer est parfois inaccessible pour certains jeunes qui souhaitent pourtant s’unir pour le meilleur et pour le pire.